Sarajevo est l’une des villes d’Europe les plus chargées d’histoire et les plus improbables à visiter une fois qu’on la découvre. Capitale de la Bosnie-Herzégovine, elle est marquée à chaque coin de rue par sa géographie particulière — une vallée encaissée entre des collines qui l’ont à la fois isolée et rendue vulnérable lors du siège de 1992-1995, le plus long siège d’une capitale dans l’histoire moderne (1 425 jours). Mais Sarajevo n’est pas un musée de guerre — c’est une ville vivante de 300 000 habitants, avec des cafés animés, une scène culturelle active et une gastronomie qui mélange héritages ottoman, austro-hongrois et yougoslave.
La Baščaršija
Le vieux bazar ottoman est le cœur historique et social de Sarajevo. Fondé au XVe siècle, il rassemble des ateliers de cuivriers (le son du martelage s’entend de loin), des maisons de thé, des mosquées et des marchés couverts. La fontaine Sebilj — réplique de 1891 d’une fontaine ottomane du XVIIIe siècle — est le symbole de la ville. La légende dit que quiconque boit à la Sebilj reviendra à Sarajevo.
À voir dans la Baščaršija :
- Mosquée Gazi Husrev-beg (1531) — la plus grande mosquée de Bosnie-Herzégovine. Accès libre, couvrir les épaules et les genoux, abaya disponible à l’entrée.
- Ateliers de cuivriers (Kazandžiluk) — ruelle spécialisée dans la fabrication de plateaux, tasses et objets en cuivre martelé. Souvenirs typiques à 15-60 KM selon la pièce.
- Grand Bazar couvert (Brusa Bezistan) — construit par Gazi Husrev-beg au XVIe siècle, aujourd’hui transformé en musée de l’artisanat.
- Han de Morića — caravansérail du XVIe siècle reconverti en café intérieur avec cour, l’un des plus beaux de la région.
Mémoriaux du siège de 1992-1995
Le siège de Sarajevo est omniprésent dans la ville — pas de manière oppressive, mais sous forme de traces intégrées à la vie urbaine. Les “roses de Sarajevo” — impacts d’obus remplis de résine rouge — sont visibles sur les trottoirs. Des plaques commémoratives indiquent les sites de tireurs embusqués.
Sites liés à la guerre :
- Tunnel de l’espoir (Tunel spasa) — à 8 km du centre (quartier Butmir, proche de l’aéroport). Le seul accès souterrain à la ville assiégée en 1992-1995 (800 m de long, 1,5 m de haut). Musée avec film documentaire et section de tunnel encore accessible. Entrée 10 KM (env. 5 €). Accès en taxi depuis le centre (25-35 KM aller-retour) ou en tramway jusqu’au terminus Ilidža puis taxi 5 min.
- Musée de la Guerre 1992-1995 “Sarajevo sous le siège” — dans le tunnel d’État de la Banque nationale. Entrée 10 KM.
- Cimetière de Kovači — dans la vieille ville, premières tombes du siège. Nombreux morts au jeune âge, dates 1992-1995 omniprésentes.
- Bibliothèque nationale (Vijećnica) — l’édifice néo-mauresque a été délibérément incendié en août 1992, détruisant 1,5 million de livres et manuscrits. Reconstruit et rouvert en 2014. Entrée libre, architecturalement splendide.
Musées et culture
- Musée national de Bosnie-Herzégovine — 8 KM (env. 4 €). La plus grande institution muséale du pays, avec des collections archéologique, naturelle et ethnographique. La Haggadah de Sarajevo (manuscrit hébreu du XIVe siècle, l’un des plus anciens du monde) est conservée ici — pas toujours exposée, se renseigner à l’avance.
- Galerie nationale de B-H — 5 KM, art contemporain et moderne bosnien.
- Maison de la Famille Svrzos — demeure ottomane du XVIIIe siècle parfaitement conservée, fenêtres en moucharabieh et mobilier d’époque. Entrée 5 KM.
Où dormir à Sarajevo
La Baščaršija concentre la plupart des hébergements de charme. Les prix sont parmi les plus bas de la région pour un niveau de qualité correct.
- Budget (15-35 €) : Hostels bien situés dans la vieille ville ou à 10 min à pied. Hostel Balkan Khan, Hostel Franz Ferdinand. Dortoir à partir de 10-15 € en 2026.
- Milieu de gamme (40-90 €) : Guesthouses familiales avec chambres confortables et petit-déjeuner. Pansion Sartour, Villa Wien.
- Confort (100-200 €) : Hôtel Europe (ouvert en 1882, adresse historique), Hotel Slavia sur le Boulevard.
Où manger à Sarajevo
La cuisine bosnienne est simple et copieuse, influencée par la tradition ottomane.
- Burek — feuilleté à la viande ou au fromage, cuit dans un sač. Incontournable au petit-déjeuner. Chercher les boulangeries à burek autour de la Baščaršija (3-5 KM la portion).
- Ćevapi — petites saucisses grillées servies avec pain plat et crème aigre (kajmak). Incontournable. La version bosniaque est différente de la version serbe — plus petites, plus serrées. 10-15 KM le plat.
- Bosanska kafa — café bosniaque servi dans un džezva avec un morceau de rahat lokum. Ne pas refuser quand on l’offre — c’est un acte d’hospitalité.
Bonnes adresses : Aščinica Šaray (cuisine maison bosniaque, 12-20 KM le plat), Restoran Nanina Kuhinja (spécialités traditionnelles, terrasse couverte, foule locale), Pivnica HS pour les bières artisanales brassées en ville.
Accès et transports
Aéroport de Sarajevo (SJJ) — vols directs depuis Paris (Air Bosnia, flydubai, TurkishAirlines via Istanbul), Vienne, Francfort, Istanbul et plusieurs destinations.
Bus longue distance :
- Dubrovnik 5h, 30-40 KM (15-20 €)
- Split 5h30, 35-45 KM (18-23 €)
- Belgrade 6h, 40-55 KM (20-28 €)
- Zagreb 7h, 45-60 KM (23-30 €)
- Mostar 2h30, 13-18 KM (6,5-9 €)
Transports en ville : Tramway historique (1,80 KM le trajet) couvre le centre-ville de la gare à la Baščaršija. Taxis en complément.
Quand visiter Sarajevo
- Avril-juin : Excellent. Températures agréables (18-25 °C), peu de touristes.
- Juillet-août : Très chaud (32-35 °C), plus de touristes mais la ville n’est pas saturée — bien loin des niveaux de Dubrovnik.
- Septembre-octobre : Parfait. Températures idéales, couleurs d’automne sur les collines environnantes, les gorges des Alpes dinariques à l’extérieur.
- Décembre-mars : Sarajevo sous la neige a une atmosphère particulière. Les stations de ski de Bjelašnica et Jahorina (sites olympiques de 1984) sont à moins de 1h du centre — parmi les moins chères d’Europe.
Ce qu’on retient de Sarajevo
Sarajevo est la seule capitale européenne où une mosquée, une cathédrale catholique, une cathédrale orthodoxe et une synagogue se trouvent dans le même quartier à moins de 5 minutes à pied. Ce n’est pas un hasard — c’est le reflet d’un mélange de traditions qui a traversé les siècles avec des hauts et des bas. La ligne de démarcation entre quartiers “turcs” et “autrichiens” traverse le cœur de la ville — on passe des dômes de cuivre et des pavés à l’urbanisme haussmannien viennois en quelques pas sur le Stradun local (la rue Ferhadija).